Durant la conférence de presse, le maire de Tarascon explique qu'il y aura une grande fête à l'occasion de
la venue des descendants de Tartarin... auxquels il va écrire dare dare pour les inviter officiellement. Tout le monde, bien évidemment, est satisfait, heureux. Tout le monde ? Non, car
le leader de l'opposition et ses acolytes ne l'entendent pas de cette oreille.
1.7.1 EXTERIEUR - TERRASSE D'UN CAFE A TARASCON - LE LENDEMAIN - JOUR
Des hommes jouent aux boules près de la terrasse (commentaires). Assis et
buvant un pastis, le mari de la nièce du maire, leader de l'opposition au conseil municipal, commente d’une voix forte, pour que tout le monde entende, un article de journal.
" 'Miracle à
Tarascon : les Enfants de Tartarin bientôt reçus en ville ! (Un temps) Un fameux généalogiste tarasconnais découvre, après de nombreuses recherches en France et à l’étranger, que Tartarin a été papa lors de son séjour en Algérie.
Mieux : il a retrouvé les descendants directs de l’illustre personnage… (Un autre temps) Gna gna gna… et une réception sera organisée prochainement à
Tarascon, en présence de la population. Toutes nos félicitations à… gna gna gna…' "
Un joueur de boules interroge le leader de l'opposition :
" Alors, qu'est ce que vous en pensez, vous, de tout ce fourbi ? "
Très en colère, sa réponse fuse :
" Ce que j’en pense ? j'en pense que... que c'est une pure connerie… (Un
temps) Une réception : et allons donc… voilà où passe notre pognon ! On ferait mieux de mettre l’argent ailleurs, là où il y a de vrais besoins et de parler de vrais
problèmes… Les Enfants de Tartarin : je t’en foutrais moi, des enfants à la mord-moi-le nœud de Tartarin… Ah ! pour tirer… il était fort Tartarin… mais au plumard !
"
Les joueurs de boules rient de bon cœur, amusés par son comportement. Ils l’excitent encore un peu, en insistant sur le bon côté des choses : les festivités...
"
Des festivités… du gaspillage, oui ! (Un temps) « Miracle à
Tarascon ! » : tenez, je vous le dis, vous allez voir qu'on va se foutre de notre gueule dans toute la Provence, avec ce titre ridicule…
"
" Mais pourquoi donc Monsieur le conseiller ? "
" Pourquoi ? Mais parce qu'on va nous comparer à Lourdes, voilà pourquoi ! (Un temps) Et d‘ici qu'on vende des reliques à l’effigie de Tartarin ou des cierges en forme de lion, il n’y a qu’un pas…
"
" Mais
qu'est-ce que vous lui reprochez au juste au Tartarin ? "
" Ce que je
lui reproche ? ce que lui reproche... mais son attitude, messieurs, son attitude… il s’est comporté en Algérie comme un … comme un saligaud ! "
Les joueurs de boules s’arrêtent de
jouer et expriment leur indignation, mais il poursuit son réquisitoire impitoyable.
" Parfaitement… son attitude ! (Un temps) Et puis… c’est un chasseur…
le héros de légende des chasseurs… (Autre temps) Et moi, messieurs, moi je n’aime pas les chasseurs.
Je hais les chasseurs ... voilà ce que je lui reproche ! "
Le jeu de boules et la terrasse du café sont animés. Les commentaires vont bon train. On devine, de plus loin, aux grands gestes de cet homme en colère, que l’excitation n’est pas prêtre à retomber !
1.8.1 - INTERIEUR - ACCUEIL EN MAIRIE - JOUR - PLUS TARD
La maire confie le courrier municipal - dont les invitations ! - à l'agent
d'accueil, pour le porter à La Poste.
" Ma chère … notre
vaguemestre étant malade, je vous confie le courrier pour La Poste… (Un
temps) Attention : ces lettres, bonne mère (il montre trois enveloppes avec les cachets officiels) ce n’est pas du courrier, c’est de la porcelaine ! (Un autre temps) Ce sont les lettres pour les Enfants de Tartarin…
Prenez en soin comme la prunelle de vos yeux ! Merci. "
" Oh ! sainte Marthe… si je vais en prendre soin,
Monsieur le maire ? Au moins comme une poulette des ses œufs, vé ! Un poulette, Monsieur le maire… "
Elle prend la corbeille et sort de la mairie.
1.8.2 - EXTERIEUR - ESCALIERS DE LA MAIRIE - JOUR - PLUS
TARD
En descendant les escaliers de la mairie, préoccupée par le courrier
municipal, elle se heurte au leader de l'opposition, qu'elle n’a pas vu, trébuche et se tord la cheville.
" Oh !
ma pauvre dame… vous avez l'air bien pressée et bien soucieuse… (Un temps) Vous ne vous êtes
pas fait mal, au moins ? "
" Excusez
moi, cher monsieur, mais.... avec tout ça... je ne vous ai pas vu… Aïe ! (Un temps) Je crois que je me suis au moins tordu la cheville… ce ne sera rien, vaï… ouille ! "
Le leader de l'opposition prend la corbeille du courrier ; l'employée
de mairie, appuyée contre le mur de la mairie, examine sa cheville.
" Vous alliez à La Poste ? "
" Oui…
Attention : ça (elle montre les lettres revêtues de cachets officiels) ce n’est pas du courrier, c’est de la porcelaine ! "
" De la
porcelaine ? je ne comprends pas très bien... (sourires) "
" Si…
Monsieur le maire m’a demandé d’aller poster la porcelaine… je veux dire : le courrier, car le vaguemestre est malade… Aie ! (Un temps) Et... et il faut que j’y aille à tout prix… car il y a le courrier pour les Enfants du
Tartarin ! (elle montre les enveloppes) "
Machiavélique, le leader de l'opposition "prend les choses en main".
" Le courrier pour les… Mais, chère madame … je vais
m’en charger, vous pensez bien ! (Un temps) Quand on peut
s’entraider… (Un autre temps ; puis, obséquieux) Par contre... soyez gentille :
pas un mot à Monsieur le maire : je ne voudrais pas qu'il sache que j’ai pu un jour lui rendre service ! (il sourit)
"
" Bon… merci
monsieur le conseiller municpal… je crois que je vais… "
" Que vous
allez rentrer chez vous, et vous reposer, voilà ce que vous allez faire ! (Un temps) Je vais
d’ailleurs vous accompagner… (elle proteste) Mais si, mais si…mon auto est garée sur le boulevard, à deux pas d’ici. Je vais vous aider !
"
Il regarde attentivement du côté de la mairie pour s’assurer que personne ne
les a vus. La mairie étant à présent fermée au public, et les employés sortant par derrière, il est rassuré.
Il ramène l'employée de mairie chez elle ; au moment de partir, il lui rappelle
de ne rien dire à Monsieur le maire puisil lui donne un dernier conseil :
" Euh… au fait : si votre
cheville vous fait encore mal demain matin… vous direz que c’est en venant travailler… vous pourrez le déclarer en accident du travail ! (Un temps) Bonsoir, madame … "
" Merci encore monsieur le conseiller municipal… vous êtes bien aimable tout de même… "
Le leader de l'opposition démarre l’auto et s’éloigne vers la
ville. Plus loin, dans un endroit un peu isolé, il se gare, se saisit des trois enveloppes pour les Enfants de Tartarin et les glisse dans sa poche, en ricanant. Puis il repart vers La Poste jeter dans la boîte aux lettres le reste du courrier municipal.
FONDU