Mercredi 14 septembre 2011 3 14 /09 /Sep /2011 17:33

 

Le maire charge l'agent d'accueil d'aller poster le courrier municipal, en l'absence du vaguemestre. Ce courrier est très important car il contient les lettres d'invitation pour les "Enfants de Tartarin" !

Dans l'escalier, l'agent d'accueil heurte le leader de l'opposition et se tord la cheville. Celui-ci lui propose de l'aide... et notamment, lorsqu'il apprend ce que contient le courrier municipal, d'aller le poster lui-même.

Mais, en cours de route, il s'arrête, se saisit  des trois enveloppes officielles, qu'il glisse dans sa poche, en ricanant.

 

 

2.1.1 - EXTERIEUR - COLLINE A BEAUCAIRE - DEUX MOIS APRES ENVIRON - JOUR

 

 

Le maire et sa nièce sont sur la colline de Beaucaire où se trouvent le château et son parc, d’où l’on domine Tarascon. Ils sont assis. 

 

" Tu as l’air songeur ce soir… à quoi penses tu, tonton ?  " 

 

" Je pense aux courriers que nous avons adressés aux Enfants de Tartarin : ça fait plus de deux mois et nous sommes toujours sans nouvelles. Vois tu, je suis inquiet…"

 

Elle se rapproche de son oncle et s’appuie contre son épaule ; il la serre contre lui, affectueusement. 

 

" Ne t’en fais pas… le danseur est peut-être parti en tournée et il ne fait pas suivre son courrier… Quant aux deux autres, il faut du temps : tu parles… le fin fond de l'Ecosse et le sud du Maroc ! "

 

" Tu as sans doute raison… mais maintenant que tout est calculé pour les recevoir, je ne peux m’empêcher de penser que quelque chose ne tourne pas rond… "

 

" Mais qu'est ce qui pourrait ne pas tourner rond ? Tu penses qu'ils ne vont pas donner suite à notre invitation ? "   

 

" Je ne sais pas… je trouve simplement qu'ils mettent du temps à répondre "

 

Tu en as parlé à notre généalogiste préféré ? "   
 

" Pas récemment… mais il ne comprend pas, lui non plus… "

 

" Pourtant, s’ils savaient tout ce qu'on a prévu … ces couillons ! "

 

Ils rient, en songeant aux festivités proposées par la commission chargée d’organiser la réception. Ils ne parlent plus pendant quelques instants, perdus dans leurs pensées. Ils regardent Tarascon, plonger lentement dans les feux du crépuscule. Puis le maire rompt le silence.

    

" Ecoute… ça ne peut plus durer comme ça :  il faut faire quelque chose ! "

 

D’accord avec toi… mais quoi ? (Un temps) Tu veux leur téléphoner ? "   

 

" Non, non… justement, on a déjà regardé … on n’a pas trouvé leur numéro de téléphone. Ttu sais, entre les listes 'rouges'  et les portables…  " 



" Bon… alors, qu'est ce qu'il nous reste ? (Un temps)  Écrire aux mairies de leurs domiciles respectifs ? " 

 

" Non… on y a pensé aussi… mais le temps de tout expliquer, d’attendre les réponses… surtout à l’étranger ! "

 

" Alors… tu as une autre idée , tonton ? "

 

" Non… je cherche…  (Un long temps ; puis, enthousiaste) Oh ! bonne mère, ça se pourrait bien : je crois que je viens d’avoir une idée formidable…  une idée géniale ! "



Il se lève et gesticule dans tous les sens, grisé par son idée.

 

" Modeste, avec ça (Elle rit). Allez,  vas-y … accouche ! "

 

" Tu sais quoi ... ? Tu sais quoi … ?  Ils ne veulent pas répondre… Eh ! bien… on va... on va... voilà ce qu'on va faire... " 

 

 

  photo bannière

 

 

 

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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 15:16

Durant la conférence de presse, le maire de Tarascon explique qu'il y aura une grande fête à l'occasion de la venue des descendants de Tartarin... auxquels il va écrire dare dare pour les inviter officiellement. Tout le monde, bien évidemment, est satisfait, heureux. Tout le monde ? Non, car le leader de l'opposition et ses acolytes ne l'entendent pas de cette oreille.

 

 

1.7.1 EXTERIEUR - TERRASSE D'UN CAFE A TARASCON - LE LENDEMAIN - JOUR

 

 

Des hommes jouent aux boules près de la terrasse (commentaires). Assis et buvant un pastis, le mari de la nièce du maire, leader de l'opposition au conseil municipal, commente d’une voix forte, pour que tout le monde entende, un article de journal.

 

"  'Miracle à Tarascon : les Enfants de Tartarin bientôt reçus en ville !  (Un temps) Un fameux généalogiste tarasconnais découvre, après de nombreuses recherches en France et à l’étranger, que Tartarin a été papa lors de son séjour en Algérie. Mieux : il a retrouvé les descendants directs de l’illustre personnage… (Un autre temps) Gna gna gna… et une réception sera organisée prochainement à Tarascon, en présence de la population. Toutes nos félicitations à… gna gna gna…'  " 

 

Un joueur de boules interroge  le leader de l'opposition :

 

" Alors, qu'est ce que vous en pensez, vous, de tout ce fourbi ? "

  

 Très en colère, sa réponse fuse :

 

" Ce que j’en pense ? j'en pense que... que c'est une pure connerie… (Un temps) Une réception : et allons donc… voilà où passe notre pognon ! On ferait mieux de mettre l’argent ailleurs, là où il y a de vrais besoins et de parler de vrais problèmes… Les Enfants de Tartarin : je t’en foutrais moi, des enfants à la mord-moi-le nœud de Tartarin… Ah ! pour tirer… il était fort Tartarin… mais au plumard !

 

Les joueurs de boules rient de bon cœur, amusés par son comportement. Ils l’excitent encore un peu, en insistant sur le bon côté des choses : les festivités...

 

" Des festivités… du gaspillage, oui ! (Un temps) « Miracle à Tarascon ! » : tenez, je vous le dis, vous allez voir qu'on va se foutre de notre gueule dans toute la Provence, avec ce titre ridicule… "



" Mais pourquoi donc Monsieur le conseiller  ? " 

 

" Pourquoi ? Mais parce qu'on va nous comparer à Lourdes, voilà pourquoi ! (Un temps) Et d‘ici qu'on vende des reliques à l’effigie de Tartarin ou des cierges en forme de lion, il n’y a qu’un pas… "   

 

" Mais qu'est-ce que vous lui reprochez au juste au Tartarin ? "

 

" Ce que je lui reproche ? ce que lui reproche... mais son attitude, messieurs, son attitude… il s’est comporté en Algérie comme un … comme un saligaud ! " 

 

Les joueurs de boules s’arrêtent de jouer et expriment leur indignation, mais il poursuit son réquisitoire impitoyable.

 

" Parfaitement… son attitude ! (Un temps) Et puis… c’est un chasseur… le héros de légende des chasseurs… (Autre temps) Et moi, messieurs, moi je n’aime pas les chasseurs. Je hais les chasseurs ... voilà ce que je lui reproche ! "

 

Le jeu de boules et la terrasse du café sont animés. Les commentaires vont bon train. On devine, de plus loin, aux grands gestes de cet homme en colère, que l’excitation n’est pas prêtre à retomber !



 

1.8.1 - INTERIEUR - ACCUEIL EN MAIRIE - JOUR - PLUS TARD

  

 

La maire confie le courrier municipal - dont les invitations ! -  à l'agent d'accueil, pour le porter à La Poste.

 

" Ma chère … notre vaguemestre étant malade, je vous confie le courrier pour La Poste… (Un temps) Attention : ces lettres, bonne mère (il montre trois enveloppes avec les cachets officiels) ce n’est pas du courrier, c’est de la porcelaine ! (Un autre temps) Ce sont les lettres pour les Enfants de Tartarin… Prenez en soin comme la prunelle de vos yeux !  Merci. "

 

" Oh ! sainte Marthe… si je vais en prendre soin, Monsieur le maire ? Au moins comme une poulette des ses œufs, vé !  Un poulette, Monsieur le maire… "

 

Elle prend la corbeille et sort de la mairie.

 

   

1.8.2 - EXTERIEUR  - ESCALIERS DE LA MAIRIE - JOUR - PLUS TARD 

  

  

En descendant les escaliers de la mairie, préoccupée par le courrier municipal, elle se heurte au leader de l'opposition, qu'elle n’a pas vu, trébuche et se tord la cheville.

 

" Oh ! ma pauvre dame… vous avez l'air bien pressée et bien  soucieuse… (Un temps) Vous ne vous êtes pas fait mal, au moins ?

 

" Excusez moi, cher monsieur, mais.... avec tout ça... je ne vous ai pas vu… Aïe ! (Un temps) Je crois que je me suis au moins tordu la cheville… ce ne sera rien, vaï… ouille !  "

 

Le leader de l'opposition prend la corbeille du courrier ; l'employée de mairie, appuyée contre le mur de la mairie, examine sa cheville.

  

 " Vous alliez à La Poste ? "

 

" Oui… Attention : ça (elle montre les lettres revêtues de cachets officiels) ce n’est pas du courrier, c’est de la porcelaine ! "

 

" De la porcelaine ?  je ne comprends pas très bien... (sourires) "

 

" Si… Monsieur le maire m’a demandé d’aller poster la porcelaine… je veux dire : le courrier, car le vaguemestre est malade… Aie ! (Un temps) Et... et  il faut que j’y aille à tout prix… car il y a le courrier pour les Enfants du Tartarin ! (elle montre les enveloppes) "

 

Machiavélique, le leader de l'opposition "prend les choses en main".

 

" Le courrier pour les… Mais, chère  madame … je vais m’en charger, vous pensez bien ! (Un temps) Quand on peut s’entraider… (Un autre temps ; puis, obséquieux) Par contre... soyez gentille : pas un mot à Monsieur le maire : je ne voudrais pas qu'il sache que j’ai pu un jour lui rendre service ! (il sourit) "

 

" Bon… merci monsieur le conseiller municpal… je crois que je vais… "

 

" Que vous allez rentrer chez vous, et vous reposer, voilà ce que vous allez faire ! (Un temps) Je vais d’ailleurs vous accompagner… (elle proteste) Mais si, mais si…mon auto est garée sur le boulevard, à deux pas d’ici. Je vais vous aider ! "

 

Il regarde attentivement du côté de la mairie pour s’assurer que personne ne les a vus. La mairie étant à présent fermée au public, et les employés sortant par derrière, il est rassuré.

 

Il ramène l'employée de mairie chez elle ; au moment de partir, il lui rappelle de ne rien dire à Monsieur le maire puisil lui donne un dernier conseil :

 

" Euh… au fait : si votre cheville vous fait encore mal demain matin… vous direz que c’est en venant travailler… vous pourrez le déclarer en accident du travail !  (Un temps) Bonsoir, madame … "

 

" Merci encore monsieur le conseiller municipal… vous êtes bien aimable tout de même… "

 

Le leader de l'opposition démarre l’auto et s’éloigne vers la ville. Plus loin, dans un endroit un peu isolé, il se gare, se saisit des trois enveloppes pour les Enfants de Tartarin et les glisse dans sa poche, en ricanant.  Puis il repart vers La Poste jeter dans la boîte aux lettres le reste du courrier municipal.  

 

FONDU

 

 

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 17:06

A la demande du maire, auquel il a présenté les recherches entreprises sur la paternité de Tartarin, le généalogiste raconte l' "'affaire" aux membres du Conseil municipal, ébahis. Il en est arrivé aux derniers descendants de Tartarin, les triplés nés en 1956, qui ont eu semble t'il un "destin peu enviable". Il est gêné maintenant pour dévoiler la suite. Mais il doit leur dire la vérité, toute la vérité.

 

Le généalogiste prend son temps, puis il annonce tout de go à l'assistance médusée :

 

" Ils ont été abandonnés à la naissance ! "

 

Un sentiment général de désapprobation soulève l’assistance indignée. Des mots remplis de colère surgissent de touts parts : « scandale », « honte », « si Tartarin savait ça… », « heureusement que Tartarin n’a pas connu ça, au moins »… Le maire réclame en haussant la voix un silence qui tarde à venir. Le généalogiste reprend son récit à la demande du maire, dont l’impatience est palpable. Un conseiller demande :

 

Et autrement, que sont devenus ces triplés ? Sont ils vivants au moins ? "

 

" Oui… nous avons effectivement quelques informations. (Un temps ; RUMEURS dans la salle) En réalité, ces pauvres triplés, abandonnés à leur naissance, ont d’abord été élevés par des religieuses, à Alger… (Un autre temps) Puis ils ont été adoptés… par trois familles différentes (Immense CHAHUT à nouveau dans la salle). Bref ! On sait que l’un vit aujourd’hui à Paris, que l’autre se trouve en Écosse et que le troisième est installé au Maroc, au sud du Maroc… (Encore un autre temps) Et… j’ajoute qu’ils ne se connaissent pas ! "  

 

Les conseillers commentent ces révélations extraordinaires. Il y a un BRUIT épouvantable dans la salle et le maire abandonne l’idée de réclamer le silence. Quand le calme revient peu à peu, il prend la parole pour interroger le généalogiste.

 

" Et… sait on ce qu'ils font ? Avez-vous leurs adresses ? Sont-ils mariés ?

 

" Ecoutez… nous ne savons pas grand-chose en vérité… (Un temps) Celui qui vit a Paris est semble t'il… danseur (émotion dans la salle)… il vit seul mais nous ignorons tout de ses parents adoptifs, de sa vie… (Un autre temps) Celui qui se trouve en Écosse a été adopté par un riche armateur… mais ses parents adoptifs ont péri en mer, lors d’un voyage… Il est célibataire et ... rentier. Ce qui est sûr, c’est qu'il est passionné de…  "

 

" De chasse ! "



" Non, raté… De pêche ! (RUMEURS dans la salle) Mais c’est un vrai mordu, et il est paraît-il particulièrement doué… (Un temps) Quant au troisième, il vit avec sa mère adoptive au sud du Maroc … son père adoptif étant mort …  et il travaille dans le tourisme. Voilà ! "

 

" Et autrement… avez-vous des… leurs adresses peut-être ? "

   

" Mon ami  a retrouvé semble t’il leurs traces, mais il faut vérifier… "

 

De vifs APPLAUDISSEMENTS secouent la salle ; les conseillers, debout, s’interpellent et commentent à voix forte ces informations. Le maire s’entretient à voix basse avec sa nièce et d’autres adjoints puis il parle au généalogiste et ensuite, une nouvelle fois, réclame le silence.

 

" Mes chers amis… les choses vont vite et nos esprits s’emballent, naturellement… je ne m’attendais pas, oh ! bonne mère, à pareille révélation…  (Un temps) Après une très rapide réflexion, je propose la tenue d’une conférence de presse pour annoncer cette extraordinaire nouvelle à la population tarasconnaise… (Vifs APPLAUDISSEMENTS) (Un autre temps) Je propose également… de retrouver ces triplés et de les inviter à Tarascon : on doit bien ça à notre Tartarin, bonne mère ! (Encore un autre temps) Mes amis, il faut constituer une commission pour mettre en musique cette affaire… et surtout préparer une grandiose réception en leur honneur ! "

 

Les conseillers municipaux approuvent, puis se lèvent et APPLAUDISSENT à tout rompre ; sauf les trois opposants, qui restent assis. Après un long moment de liesse, tout le monde s’assoit.  Le leader de l'opposition réclame la parole.

 

Nous nous opposons naturellement à ce projet… et au moins pour deux… pour trois raisons. D’abord, parce qu'il n’est pas sain de... de fêter la conduite aussi amorale d’un ressortissant tarasconnais… Je veux parler de la conduite de Tartarin à Alger, avec cette jeune fille aux mœurs légères (« OH ! » de stupéfaction dans la salle). (Un temps) Ensuite, parce qu'il n’est pas… comment dire ? opportun de gaspiller l’argent des contribuables pour inviter des gens que nous ne connaissions pas il y a moins de deux heures… (« OH ! » de désapprobation dans la salle). (Un autre temps) Enfin, parce que… parce qu’il… Ah ! Et puis merde !(« OH ! » d’indignation dans la salle)

 

Il s'assoit, en bougonnant. Le maire lui répond, en souriant.

 

" Monsieur, votre intervention sera notée au procès-verbal. Elle n’appelle aucun commentaire de ma part. (Un temps) Y a t’il des questions ?… Non ? Je remercie encore une fois monsieur le généalogiste  pour ces révélations vraiment fabuleuses pour Tarascon … et je clos la séance. Merci." (APPLAUDISSEMENTS nourris).

 

 

1.6.3 - INTERIEUR - SALLE DU CONSEIL MUNICIPAL - QUELQUES JOURS APRES - JOUR





Un groupe de JOURNALISTES et de PHOTOGRAPHES (presse, radio, télévision locale) sont installés face à la tribune où se trouvent le maire, sa nièce, deux adjoints et le généalogiste. La conférence est presque terminée. Le généalogiste leur a tout expliqué et les questions fusent de toutes parts. 

 

" Monsieur le maire, vous avez parlé d’une grandiose réception… "

 

" Nous allons créer une commission pour en débattre… Je souhaite, naturellement… comment dire ? initier… c’est ça : initier les enfants de Tartarin, autrement dit leur monter la ville de leur ancêtre, sa maison, les lieux qu’il a fréquentés, sa tombe même… "

 

" Y aura t’il des festivités et la population sera t’elle invitée ? "

 

" Naturellement : des festivités comme les aimait Tartarin ! "

 

Les journalistes apprécient la bonne humeur des échanges en cours et rient de bon cœur.    

 

" Tout y sera mes amis… faites le savoir… je compte sur vous ! (Un temps) Il y aura des feux d’artifice et … peut-être un lion (RIRES). Nous allons maintenant… et c’est primordial… écrire aux enfants de Tartarin pour les inviter officiellement. Merci "

 

 

Une SALVE D’APPLAUDISSEMENTS salue cette dernière précision. Les journalistes rangent leur matériel et quittent la salle ; certains commencent déjà la rédaction de leur article en téléphonant.



Bref ! Tout le monde est satisfait, heureux. Sauf le leader de l'opposition et ses deux acolytes qui, très vite, en terrasse de café, commentent méchamment le joyeux projet tarasconnais !

 

 

 

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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 17:41

En plein conseil municipal, le généalogiste  fait une révélation extraordinaire : il explique que la lettre de son ami apporte la preuve que Tartarin, lors de son séjour en Algérie, a bien été papa. La salle du conseil est secouée par un vent de folie... C'est alors que le leader de l'opposition se lève et, debout, demande la parole d'une voix forte et autoritaire.

 

" Tartarin papa… on nous l’avait jamais faite celle là ! (RIRES des opposants). Mais quelles preuves avez vous, au juste, Monsieur l’éminent généalogiste ? " 

 

" Cher Monsieur, je comprends votre… vos doutes.  (Un temps) Des enfants, j’en ai retrouvés des dizaines, pour des héritages, des successions, des demandes diverses et variées… J’ai procédé pour Tartarin de la même façon : scientifiquement ! En vérifiant toutes les données, toutes les hypothèses, en recoupant les informations… Bref ! ce sont des heures et des heures de recherche, faites de découragement puis d’espoir, mais surtout…  de détermination. (Un autre temps) Et la preuve que nous avons aujourd’hui ... elle est indiscutable : c’est l’acte de naissance de son fils ! "

 

La salle est à nouveau secouée par un vent de folie. Des conseillères municipales se sentent mal et les gardes municipaux, eux aussi éberlués par cette nouvelle, leur portent assistance. Le maire, également sous le choc, se tourne vers le généalogiste :  

 

" Mais pourquoi Tartarin n’a jamais rien dit… ? "

 

" Il n’a jamais rien dit, le brave homme… parce qu'il ne le savait pas ! (Un temps) La jeune mauresque d’Alger, avec qui il a vécu deux mois durant, ne lui a jamais fait savoir qu'il avait un fils…  voilà pourquoi ! "

 

Le leader de l'opposition n'est pas satisfait de la réponse. Il demande des précisions :

 

 " Et comment est on sûr qu'il s’agit bien d’un fils de Tartarin alors... parce que l'acte de naissance... ma foi... ? "

 

" Parce que la jeune fille a également laissé une lettre, pour sa famille, en leur expliquant les circonstances exactes de cette naissance… et en leur demandant de ne jamais rien dire à Monsieur Tartarin pour ne pas le déshonorer. (Un temps) Car il faut savoir que cette jeune mauresque était ce que l’on appelait alors… une « fille légère » (RUMEURS dans la salle). Et cette lettre, cet aveu, mon ami généalogiste l’a retrouvée à Alger… chez un notaire. Il a fallu pas mal de temps mais, après, tout s’est enchaîné… "

 

 

Un silence lourd succède à la frénésie des premiers instants. Tous savent en fait la mésaventure de Tartarin à Alger… mais de là à imaginer pareil dénouement ! Le maire rompt le silence.

  

" Et…  après le départ de Tartarin, comment ça s’est passé, bonne mère ? "

 

Le silence est de plus en plus lourd dans la salle. Même les opposants sont attentifs.

 

 

"Un petit garçon est né, que sa maman a appelé : Mustafa (BROUHAHA dans la salle)… Mais son deuxième prénom était : Sidi Tart’i… le surnom arabe de Tartarin ! Ce qui est également une autre preuve, du reste, de la paternité… "

  

Les opposants haussent les épaules ; le maire, ému, essuie quelques larmes sur ses joues. Sa nièce lui serre la main. Le silence est toujours impressionnant. Les gardes se sont assis et écoutent avec attention. Le généalogiste continue son récit  plein de suspense.

 

" Le fils de Tartarin est né à Alger en 1870… il a été élevé par sa maman, seule. A 24 ans, il épouse une jeune mauresque et ils ont aussitôt une fillette, qui meurt très jeune, de maladie. (Un temps ; émotion dans la salle). Ils donnent ensuite naissance à un garçon, en 1896, en pleine santé, lui ! Un vrai Tartarin , semble t’il … (des APPLAUDISSEMENTS  saluent cette remarque). Il se marie à son tour en 1924 ; naissent de cette union trois enfants : deux fillettes, des jumelles, qui seront religieuses (des « OH ! » de stupéfaction s’élèvent  de la salle) et qui sont aujourd’hui décédées… et un fils, né en 1926, qui fait de très bonnes études et qui travaille ensuite dans l’administration des postes à Alger… "

 

Le généalogiste s'arrête un instant, pour reprendre son souffle et boire un verre d’eau. Tous le regardent, impatients. Un conseiller particulièrement impatient, qui connaît bien le généaliogiste, l'interpelle :

 

Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu veux nous faire péter d’une crise cardiaque ou quoi ? "

 

Tous les participants éclatent de rire, mais c'est un genre de rire nerveux.

 

" Pas du tout… mais laisse moi le temps de respirer, tout de même ! (RIRES ; un temps). Où en étions nous ? Ah ! oui… celui-ci, à l’âge de 28 ans environ, épouse la fille de pieds-noirs… et ils donnent naissance… à des triplés ! (Immense CHAHUT). Nés en 1956, en pleine guerre d’Algérie, ces enfants ont eu un destin… comment dire ? (Un long temps) Un destin peu enviable… pour tout dire, bien triste... "

 

Le généalogiste s'arrête à nouveau, comme gêné par l'annonce qu'il va devoir faire. Pourtant, il ne peut plus reculer : il doit leur dire la vérité, toute la vérité.

 

 

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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 10:57

Le généalogiste vient de rencontrer le maire, pour lui faire part de cette fameuse information de la plus haute importance. Le maire a vécu cette révélation avec beaucoup d'émotion. Lorsque l'entretien se termine, il prend congé du généalogiste par ces paroles pleines d'angoisse : " Mais qu'allons nous faire, bonne mère ? "

 

Ce qu'ils font ?

 

Le généalogiste, au bas de l'escalier, salue joyeusement son amie, l'agent d'accueil, particulièrement intriguée. Il quitte ensuite la mairie en sifflotant. Heureux du dénouement provisoire de cette affaire.

 

Quant au maire, encore sous le choc, il appelle sa nièce au téléphone : c'est sa seule confidente... et l'information du généalogiste est une confidence de taille !

 

 " Ecoute : figure toi que notre généalogiste est venu me voir ce matin à la mairie… pour m’apporter une nouvelle… capitale ! Oui, je dis bien : ca-pi-tale ! J’ai même failli avoir un malaise… Non, non, rien de grave… Bon, c’est un peu compliqué à t’expliquer par téléphone… en fait, il a fait des recherches sur Tartarin… oui, Tartarin ! Et tu sais ce qu'il a découvert ? Tiens toi bien : que Tartarin, l’animal… il a été papa ! "

 

Intrigué par le silence inattendue de sa nièce, il poursuit avec inquiétude :   " Allô ? allô ? Ah ! tu vois… ça fait un choc … je te l’avais dit !  (Un temps) J’ai décidé… attends : on me demande … (il tourne la tête vers la porte et fait signe qu'il a bientôt terminé sa conversation) Bref ! j’ai demandé que l’on convoque le conseil municipal pour en parler et voir ce qu'il y a lieu de faire … D’accord, on se voit plus tard… je t’embrasse…  "

  

  

1.6.1 - INTERIEUR - SALLE DU CONSEIL EN MAIRIE - NUIT

  

  

Éclairage feutré ; une douzaine de conseillers (dont quelques adjoints et trois membres de l'opposition, dont le mari de la nièce du maire, souvenez-vous... !)  sont assis autour de la table et bavardent. A côté du maire, sa nièce - adjointe - et le généalogiste. Le maire TAPOTE sur la table pour réclamer le silence, puis il prend la parole.

 

L’assistance exprime une fois encore son impatience, en murmurant.

  

" Je vous sens très impatients… Remarquez, je le suis aussi, car, en, vérité, je ne sais presque rien. Monsieur ... m’a proposé d’attendre la réunion de ce soir pour nous parler de cette affaire… exceptionnelle !  (Un temps) Je lui laisse donc la parole. " 

 

Un silence impressionnant règne dans la salle. Le généalogiste se lève, mais le maire l’invite à rester assis.

 

" Monsieur le maire, Mesdames, Messieurs… c’est un grand honneur pour moi d’être invité à votre conseil… et une épreuve difficile… car je suis en vérité très intimidé… "

   

Des RUMEURS diverses agitent la salle.

 

" Voilà… l’été dernier, au moment de la sieste, des enfants sont venus me demander de leur raconter l’histoire de notre cher Tartarin… J’étais un peu réticent au début : l’heure de la sieste est sacrée, vous le savez bien ! (sourires) J’ai accepté. Et, à la fin de l’histoire, figurez-vous qu'un péquelet ma posé deux questions qui m’ont particulièrement intrigué : il m’a demandé si j’avais fait des recherches sur la famille de Taratrin - c’est mon métier, après tout - et ensuite si Tartarin… était papa !

   

Un gigantesque BROUHAHA secoue la salle. Le maire réclame le silence, en élevant la voix.

 

" Merci, Monsieur le maire… Oui, et cette dernière question surtout m’a … comment dire ? taraudé l’esprit. J’ai donc entrepris des recherches, comme si on me l’avait officiellement demandé, en fait !  (Un temps) Bref ! ce matin, j’ai reçu une lettre de mon ami généalogiste d’Alger, à qui j’avais demandé de l’aide… " 

 

Un conseiller particulièrement impatient intervient tout à coup. 

  

" Et autrement, monsieur le généalogiste… cette lettre ? "

 

" Cette lettre ? C’est elle qui a tout déclenché… c’est elle qui m’a précipité chez Monsieur le maire… C’est elle qui…  " 

 

Un autre conseiller, connaissant bien le généalogiste et ne résistant plus au suspense, l’interpelle :

 

" Oh ! pétard de sort … mais qu’est-ce qu’elle a bien pu te dire cette lettre ? "

 

" Je vais te le dire… je vais vous le dire : cette lettre dit que Tartarin… ou plus exactement : elle ne dit pas… elle apporte la preuve… la preuve officielle que Tartarin, lors de son séjour à Alger…   (Un temps) Elle dit que Tartarin a effectivement été papa ! "

 

La salle est secouée par un vent de folie ; des conseillers municipaux desserrent leurs cravates en CRIANT ; d’autres se lèvent et APPLAUDISSENT ; d’autres encore réclament à boire… Les deux GARDES MUNICIPAUX en faction devant la porte pénètrent dans la salle, stupéfaits.  Ils se dirigent vers Monsieur le maire et lui parlent à voix basse. Le maire TAPE sur la table  et réclame le silence, qui tarde à venir.

 

" Allons… un peu de silence s’il vous plaît…  "

 

C'est alors que le mari de la nièce du maire, le leader de l'opposition, se lève et, debout, tel un tribun, demande la parole d'une voix forte et autoritaire

 

 

 

 

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Les Enfants de Tartarin

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